MINUTE MA BELLE

60 secondes dans l'intimité d'un sac de fille (et d'un gars aussi)

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Dans le sac des DIVINES

DIVINES

Génération Divines

A peine arrivées dans le restaurant près du Grand Palais, les deux actrices s’enlacent comme deux amies qui ne se sont pas vues depuis longtemps. Une sororité qui émeut. Une complicité qu’on se plait à observer. Celle qui rappelle le film DIVINES qui nous a ému jusqu’aux larmes. Des moments forts, elles en ont traversées, de ceux qui soudent pour la vie. D’abord, il y a eu le casting « On les a arraché ces rôles. Il fallait prouver à Houda qu’on était à la hauteur. » Puis le tournage intense. « Je me suis achetée ce sac à la fin pour avoir un peu de réconfort. On ne va pas se mentir c’était pas facile. » me dit Déborah Lukumuena (à gauche sur la vidéo). Quand à Oulaya Amamra, l’héroïne du film (et la soeur de la réalisatrice), elle a traversé plusieurs tempêtes sans jamais renoncer à son personnage. Atteinte d’une méningite, l’équipe l’a attendue 6 mois pour commencer à tourner. C’est Déborah qui nous l’apprend en sortant un baume du tigre du sac de son amie. « Comme Oulaya préfère les méthodes douces aux remèdes médicamenteux, elle a toujours sur elle ce baume. On s’en mettait sur les tempes pendant le tournage. La maquilleuse l’avait toujours avec elle. » C’est assez incroyable ce qu’on peut comprendre d’une personne en vidant un sac et seulement à partir d’un objet. « Le personnage de Dounia m’a donnée la force de vaincre ma maladie. C’est grâce à elle que je m’en suis sortie ». Serait-ce l’une des clés de la réussite de ce film poignant qui a marqué un moment fort lors de la cérémonie de clôture à Cannes en remportant le prix de la caméra d’or (remis pour les films de « La quinzaine des réalisateurs »). On se souvient du discours très long de la réalisatrice Houda Benyamina qui a partagé l’opinion. Certains ont crié à la vulgarité lorsqu’elle a levé le poing en disant à son producteur « t’as du clito », quand d’autres se sont reconnus dans les mots si forts d’une femme émue, la rage au ventre. (qui rappelait un autre moment fort du Festival de Cannes, le poing levé de Maurice Pialat « Si vous ne m’aimez pas, je ne vous aime pas non plus. »). Cette verve traverse également le discours des deux jeunes actrices. « La légitimité c’est très important. Nous n’avons pas de nom alors nous devons travailler deux fois plus fort. Nous nous sommes battues pour avoir ces rôles. Houda était très dure, elle ne nous a pas lâché. Nous ne sommes pas arrivées comme ça. Nous avons arraché ces rôles par le mérite et par la sueur. » Comme des guerrières des temps modernes qui se battent, ne renoncent jamais. A seulement 20 ans, elles ont une énergie incroyable. Une puissance dans la voix qui traverse leurs corps lorsqu’elles s’expriment. Elles « crèvent » l’écran. Le succès à Cannes ne les a pas du tout changé. Bien au contraire, ces deux filles là ont gardé les pieds sur terre. Elles savent d’où elles viennent. D’une banlieue, des « quartiers difficiles » où parfois certains se sentent oubliés. Comme leurs personnages « Dounia veut dire la vie d’ici bas en arabe. C’est quelqu’un d’ancré au sol. Elle a un besoin de reconnaissance. C’est son grand objectif dans le film. Houda voulait mêler le côté sacré avec la grâce, que le film est un rapport avec Dieu. Elle dit dans le film « En attendant Dieu, on est ses enfants mais il ne nous a pas reconnu ». C’est pour cela qu’elle veut arriver tout en haut. C’est parce qu’elle part de rien, de tout en bas. Pour comprendre mon personnage, j’ai dormi dans un camp de roms et quand j’ai vu qu’on allait encore au 21ème siècle chercher de l’eau dans les puits mais que ça choque personne, j’ai compris pourquoi elle avait la rage, envie de dignité et sortir sa mère de là. »  Ces deux filles là portent en elles un message d’espoir. Comme l’a criée la réalisatrice du film. « On est là. Cannes est à nous. Cannes est à tout le monde. » Et c’est pour cela que DIVINES va marquer sa génération, il parle vraiment à la société. Le film, d’une beauté rare, navigue entre moments de lyrisme absolue et scènes de guerres en banlieue, dans des courants de divinité et d’excellence. Le scénario est sans faille et la réalisation parfaitement maitrisée. Les personnages ont une dualité, sont complexes. De ceux qui donnent envie de s’attacher. L’héroïne du film, Dounia, a la rage au ventre pour rester droite. Elle se rêve en caïd de la cité et est persuadée qu’en gagnant beaucoup d’argent, elle se sortira de sa condition. Pourtant, une rencontre amoureuse va faire naitre une lueur d’espoir, l’atteindre, la bousculer, la bouleverser la propulser vers la vie. Peut-on survivre malgré toute cette injustice? Se sortir d’un schéma d’échec? S’arracher à son destin? Toutes ces questions sont traitées dans ce film coup de coeur de la croisette, coup de coeur de Paris et bientôt celui de la France entière qui va se reconnaître dans ce combat pour la dignité.

L’interview a eu lieu au restaurant le Mini Palais.
DIVINES sortie le 31 Août 2016.