MINUTE MA BELLE

60 secondes dans l'intimité d'un sac de fille (et d'un gars aussi)

Dans le sac de Victoria Bedos

VICKY BANJO

Je retrouve Victoria Bedos face à un miroir d’une salle de bain de l’hôtel Mandarin Oriental. « Victoria, avez-vous réussi à tuer votre frère? ». S’en suit des révélations sur sa famille, son rapport à la féminité…Mais surtout, un questionnement autour de la quête de soi. Des sujets traités dans son film « Vicky Banjo ». Comment être soi-même lorsqu’on est issu d’une famille d’artiste dont le père (Guy Bedos) est archi connu et le frère (Nicolas Bedos) est surdoué. Comment prendre sa place? Ne pas s’enfermer dans une image de petite fille modèle qu’on a imaginé être le désir des autres. Dans le miroir, Victoria me parle et me parle encore. Me déballe son sac. Son débit est rapide, sans heurts, sans gêne. Une caméra à peine perceptible. Deux amies qui se causent dans une salle de bain. Avant d’aller à un dîner, en boîte ou dans le patio d’un hôtel en week-end. Victoria n’aime pas ce qui est ostentatoire, elle n’a aucun goût pour la mode, s’achète toujours les mêmes fringues. Et si elle pouvait elle mettrait toujours le même tee-shirt « c’est mon premier beau sac Balenciaga. Quand j’ai vu le prix, j’ai voulu partir. Je ne supporte pas de dépenser autant d’argent pour un accessoire. C’est mon chéri qui a insisté. Moi j’achète un sac 40 euros max chez André. Ou des vêtements chez MONOPRIX enfant.
« Comment sortir de l’enfance? C’est le sujet du film justement. « J’ai été femme très tard, j’ai eu des seins très tard, j’ai fait l’amour très tard ». Enfermée dans une image de poupée en porcelaine, elle cachait en silence ses désirs. Elle monte alors Vicky Banjo avec un pote dans la vraie vie. « Pendant huit ans, on jouait, devant…pas grand monde il faut dire, on a beaucoup été payé en bière! » Aujourd’hui elle reprend ce nom de scène pour son film qu’elle ne présente pourtant pas comme autobiographique. « C’est de l’auto fiction. Ce n’est pas mon frère mais un mélange d’égos. » Si on peut reprocher au film un scénario un peu désuet, cette maladresse peut se justifier par la volonté de traiter le film à travers l’oeil d’un enfant. Et c’est le ton de ce personnage qui est intéressant, à creuser sans doute pour le prochain film. Aller peut-être vers plus de fantaisie dans le traitement? Ou aller plus loin dans la vision de l’enfance pour éviter quelques poncifs. Victoria est une jeune femme attachante, avec une belle sensibilité. On sent chez elle une simplicité. Sa féminité passe par le maquillage. « J’ai besoin de mettre du make up pour me sentir femme. Ce n’est pas un masque, je me travestis pas mais j’aime cette petite touche de mascara pour agrandir mon regard. ou cette touche sur mes lèvres. » Elle sort un parfum Roger et Gallet de sa poche. « je suis très parapharmacie. quand j’arrive dans une pharmacie, je demande alors? quelles sont les nouveautés? »… On reconnaît l’énergie du père. Un ton particulier, une singularité et un talent d’écriture qui a fait le succès de La Famille Bélier dont elle a écrit le scénario. On a envie de lui souhaiter bonne chance pour cette nouvelle aventure. Même si les critiques ne semblent pas dithyrambiques, le public, lui, semble être au rendez-vous « L’accueil en tournée était génial. Des tas de filles sont venues me dire merci, je suis comme vous, vous avez su mettre des mots sur mes maux.
Vicky Banjo Sortie le 8 Juin 2016